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    1. C'est une occasion unique de voir des sportifs propres et immobiles

    Les joueurs d'échecs ne hurlent pas quand ils ont fait un bon coup, ne pleurent pas en s'effondrant comme des flans en cas de défaite. Aux échecs, les champions ne font pas de « high five », ils ne crachent par terre et ne se pincent pas le nez pour expulser virilement la morve qui leur obstrue la narine. Les joueurs d'échecs ne hurlent pas quand ils ont fait un bon coup, ne pleurent pas en s'effondrant comme des flans en cas de défaite. Bref, pour des sportifs, ils savent se tenir. Ils sont même très propres, quand bien même ils viennent de souffrir cinq heures de réflexion intense et violente. Le champion d'échecs est un professionnel de l'effort immobile. Il fait des youkaïdis et des roulades de joie dans sa tête. Les joueurs restent assis des heures d'affilée, tout entiers concentrés sur leur noble mission : massacrer l'adversaire, le piétiner. Mais attention aux balourdises. Seuls les poids légers s'en sortent ici : « Le jeu d'échecs est un lac dans lequel peut se baigner un moucheron et se noyer un éléphant », dit un proverbe indien.

     

    2. Il n'y a pas de débat sur l'arbitrage

    Pas de polémiques interminables sur l'utilisation de caméra dans le noble jeu. Tout se passe naturellement au ralenti et pendant les trois ou quatre heures que dure une partie normale, vous pouvez faire plein de pauses pipi sans risquer de manquer une action décisive. N'allez pourtant pas croire que les échecs se jouent exclusivement au ralenti sous prétexte que les joueurs poussent un pion toutes les vingt minutes au championnat du monde. Il y a des échecs rapides, des blitz fulgurants souvent très impressionnants. On pourrait imaginer que bien filmés, ces échecs spectaculaires pourraient trouver un public beaucoup plus large que celui du jeu traditionnel. Finalement, le tennis de table ou le poker ont changé leurs règles pour devenir plus télégéniques et populaires, pourquoi pas le roi des jeux ?

     

    3. les grands championnats et tournois sont commentés en direct

    Oh, ce n'est pas du Thierry Rolland dans le texte, il y a peu de chauvinisme et de hurlements, pas de « A mort l'arbitre » ni de « Maintenant on peut mourir peinard », mais on peut suivre les parties commentées en direct sur le site de la fédération en apprenant beaucoup. Les commentateurs, tous de grands joueurs d'échecs, s'y échinent à expliquer (en anglais la plupart du temps) le sens caché des coups, à vulgariser pour que le non initié puisse saisir la beauté d'une combinaison ou les ressorts d'un drame en formation sur un coin de l'échiquier.

     

    4. Pour assister à des conférences de presse d'après-match truffées de mots de vocabulaire

     

    Le vocabulaire du sportif interviewé après un match de foot se doit d'être assez limité. C'est la règle. Ne parlons pas de la syntaxe hésitante, obligatoire. Si au football, il est strictement interdit de parler correctement sous peine de passer pour un joueur moyen, aux échecs, rien de tout ça. Bien qu'ils soient réputés repliés sur eux-mêmes tel les héros de Zweig ou de Nabokov, les champions d'échecs ont développé une capacité épatante à construire des phrases grammaticalement correctes et complexes pour exprimer leur ressenti. Si on est habitué à suivre les conférences de Ligue 1, les écouter est une expérience nouvelle et captivante.

     

    5. C'est une occasion inespérée pour devenir un pro du « body langage »

    En apparence, les joueurs d'échecs restent imperturbables pendant des heures devant l'échiquier. En fait, si on regarde bien, ils bougent. En apparence, les joueurs d'échecs restent imperturbables pendant des heures devant l'échiquier. En fait, si on regarde bien, ils bougent. Quand l'un se gratte l'oreille ou que l'autre se tord le nez, ça peut vouloir dire quelque chose. Oui, mais quoi ? Tenter d'interpréter les attitudes des joueurs est un sport dans le sport, une saine occupation pour affiner votre acuité psychologique. A noter que s'il était facile d'interpréter les crises de nerfs ou les grimaces de Garry Kasparov, certains joueurs comme Vishy Anand pourraient se mettre dans une rue et faire l'automate sans être ridicule. 

     

    6. Il y a plus d'aventures sur l'échiquier que sur toutes les mers du monde

    Cette phrase de Pierre Mac Orlan est en fait très modeste. Mathématiquement, il y a plus d'aventures sur l'échiquier que dans tout l'univers observable. Pourtant, tout commence simplement. Quand le joueur qui mène les blancs débute la partie, il a 20 choix possibles. Mais son adversaire aussi. Ce qui donne 20 fois 20, soit 400 combinaisons possibles pour le premier coup. Jusqu'ici tout va bien. Le deuxième tour complique la donne avec 20 000 variantes possibles. Ça se corse. Et ça se corse de façon exponentielle à chaque coup. Comme le riz basmati de Sissa. Sachant que le nombre moyens de coups joués dans une partie est de 40 et qu'à chaque fois, chaque joueur a en moyenne 30 choix différents, le mathématicien Claude Shannon a calculé qu'il existait aux échecs 10 puissance 120 parties différentes possibles, soit un 1 suivi par 120 zéros. Ce chiffre, dit nombre de Shannon, est encore plus grand que le fameux googol (10 puissance 100), l'unité qui a donné son nom au moteur de recherche Google. Et il est aussi plus élevé que le nombre d'atomes dans l'univers observable : il n'y a que 10 puissance 80 atomes dans l'univers. Une peccadille face aux échecs.

     

     

     


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