• CHAMPIONNAT DU MONDE 1972

    Et Dieu s'empara de la couronne

     

    Un match incroyable, mais pourquoi Hollywood n'a pas fait un film avec ce scénario? Perso je voyais bien Jeff Goldblum dans le rôle de Fischer...

     

    Le Championnat du monde d'échecs de 1972 a vu s'affronter le challenger, l'Américain Bobby Fischer, et le tenant du titre, le Russe Boris Spassky à Reykjavik, en Islande, du 11 juillet au 1er septembre 1972. Il fut surnommé le match du siècle

      

    LE CONTEXTE

    Le match se déroule en pleine guerre froide, mais dans une période de détente croissante. Spassky est le dernier d'une suite ininterrompue de champions du monde soviétiques depuis 1948. Fischer, un Américain excentrique de 29 ans est très critique vis-à-vis du système soviétique aux échecs. Il pense par exemple que les joueurs d'URSS obtiennent un avantage illégitime en s'accordant des parties nulles rapides entre eux en tournoi. Doué d'un esprit combatif, Fischer n'accepte que rarement des nulles de salon dans des positions peu claires. Les attentes qui reposent sur Spassky sont énormes car pour les Soviétiques, les échecs font partie du système politique. Alors que Fischer est critique vis-à-vis de son propre pays (« les Américains veulent s'affaler devant la télé et ne veulent pas ouvrir un livre… »), il porte aussi sur ses épaules le poids de la signification politique de ce match.

     Fischer est absent lors de la cérémonie d'ouverture. Pendant les jours qui suivent, il n'est pas sûr que le match aura bien lieu, dans la mesure où il s'avère impossible à la FIDE de satisfaire la multitude de demandes de Fischer, comme l'interdiction des caméras de télévision et une part de 30 % des revenus des spectateurs.

    L'attitude de Fischer est empreinte de contradictions, comme sa carrière tout entière. Finalement, après un doublement inattendu des prix en espèces et de nombreux efforts de persuasion, dont un appel téléphonique de Henry Kissinger, Fischer se rend en Islande. De nombreux commentateurs, en particulier d'URSS, ont émis l'hypothèse que tout ceci (ainsi que ses demandes déraisonnables continuelles) fait partie du plan de Fischer pour déstabiliser psychologiquement Spassky. Les admirateurs de Fischer estiment par contre que la victoire en championnat du monde est la mission de sa vie, et qu'il cherche simplement à ce que l'organisation soit parfaite pour le début du match, et que son comportement n'est pas différent de celui des 15 dernières années.

    Avant le match, Fischer avait joué cinq parties contre Spassky : deux nulles et trois victoires pour Spassky. Cependant, aux matchs des candidats, Fischer avait écrasé des piliers comme Mark Taimanov et Bent Larsen 6-0 (sans nulle), et avait gagné quatre parties de suite dans son match suivant contre l'ancien champion du monde Tigran Petrossian. Il est donc considéré comme le favori, mais de nombreux grands maîtres relèvent que Fischer n'a jamais gagné de partie contre Spassky auparavant.

    La pratique habituelle du jeu à très haut niveau en match (c'est-à-dire une suite de parties entre deux joueurs) veut que les joueurs préparent une ou deux ouvertures très profondément, et qu'ils les jouent fréquemment au cours du match. La préparation du match inclut aussi l'analyse des variantes d'ouverture utilisées par l'adversaire. Fischer surprend Spassky en ne réutilisant jamais deux fois la même variante d'ouverture sur le match, et en jouant des variantes qu'il n'avait jamais pratiquées au cours de sa carrière, ce qui dénote un extraordinaire niveau de préparation. Dans la seconde moitié du match, Spassky abandonne ses variantes préparées et tente de dominer Fischer dans des variantes qu'aucun des deux n'a probablement préparées, mais cela s'avère infructueux pour le champion sortant. 

     

    PREMIERE PARTIE

    Dans la première partie, par excès de confiance, Fischer gaffe au 29ème coup. En raison des caractéristiques inhabituelles de la position, Fischer a encore de bonnes chances de faire nulle mais la position devient sans espoir quand il commet deux gaffes de plus avant l'ajournement (aux 37e et 40e coups). Il abandonne au 56e coup.

     

    SECONDE PARTIE

    Après cette défaite, Fischer formule de nouvelles exigences, il réclame notamment que les caméras soient retirées. Comme ses exigences ne sont pas suivies, il ne se présente pas à la deuxième partie et offre un point par forfait à Spassky. Son appel est rejeté. Karpov estime que cette défaite par forfait est un coup magistral de la part de Fischer, destiné uniquement à embarrasser le sens de l'équité de Spassky, qui était réputé pour être un parfait gentleman. 

     

    TROISIEME PARTIE

    Avec un score de 2-0 favorable à Spassky, la plupart des observateurs croient le match terminé, et que Fischer va quitter l'Islande. Il n'en fait rien, une décision attribuée par certains à un nouvel appel de Henry Kissinger et à un déluge de télégrammes de soutien. L'esprit sportif, le respect et la sympathie pour Fischer conduisent Spassky à accepter de jouer la 3e partie dans une petite pièce d'arrière-salle, hors de la vue des spectateurs. Pal Benko estime qu'il s'agit d'une gaffe psychologique de la part de Spassky.

    Quand Bobby est arrivé, Boris était, comme d'habitude, assis à sa table. Bobby ne s'est pas assis mais a examiné l'installation de télévision, et à ce moment, Boris a trahi une agitation indignée. Bobby a testé la télécommande de la caméra pour en vérifier le bruit. L'arbitre Lothar Schmid observait ces agissements avec anxiété. Il sentit que le match était à nouveau remis en question. Schmid prit Bobby par le bras dans un essai de le faire asseoir à la table, mais Bobby le repoussa. « le grand maître américain s'est permis beaucoup de libertés dans ses remarques, qui furent très désagréables à entendre. » déclara plus tard Spassky. Satisfait de la caméra, Fischer s'assied enfin pour le match.

    Il s'avère que c'est le tournant du match.

    Peut-être déstabilisé, Spassky perd cette rencontre 

     

    QUATRIEME PARTIE

    Spassky utilise la défense sicilienne avec les Noirs. Il sacrifie un pion dans l'ouverture et grâce à une préparation impressionnante, obtient une forte attaque, mais ne parvient pas à la transformer en gain. La partie finit en nulle.

      

    CINQUIEME PARTIE

    La 5e partie est encore une nimzo-indienne et Spassky continue son style de jeu passif. Il se peut que la partie soit déjà perdue, mais il l'offre à Fischer sur un plateau avec une erreur au 27ème coup.

    Fischer est revenu au score (2½ partout), et bien que les règles de la FIDE stipulent que le champion garde son titre en cas de match nul après 24 parties, les conséquences des deux premières parties se sont évanouies. 

     

    SIXIEME PARTIE

    Fischer commence avec 1.c4, un des très rares cas ou il n'a pas joué 1.e4, anéantissant l'importante préparation de Spassky. Une fois encore, Spassky joue passivement. Et après le 26ème coup, les Blancs ont une attaque dévastatrice. Spassky abandonne au 41ème.

    Après cette partie, totalement fair play, Spassky s'associe au public qui applaudit la victoire de Fischer. Il considérera cette partie comme la meilleure du match.

     

    SEPTIEME ET HUITIEME PARTIE

    La 7e est nulle, en dépit de deux pions de plus pour Fischer. Dans la 8e partie, Fischer joue 1.c4, une partie anglaise cette fois-ci. Spassky perd la qualité avec peu de compensations, et il n'est pas sûr que ce soit un sacrifice plutôt qu'une gaffe.

    Fischer gagne et mène le match 5-3. 

     

    DE LA NEUVIEME A LA TREIZIEME PARTIE

    La 9e partie est retardée car Spassky tombe malade. Elle se termine en nulle après 29 coups seulement. L'attitude des joueurs amuse le public, Fischer s'avançant et reculant sur sa chaise, et Spassky l'imitant, ce qu'un spectateur décrit comme deux morts qui dansent. À ce moment, les Soviétiques demandent à Spassky de revenir à Moscou et de réclamer la victoire par forfait. Conscient du risque important que cela implique, Spassky refuse. Fischer gagne la 10e partie, dans une variante aiguë de la partie espagnole, l'une de ses ouvertures favorites. Spassky gagne la partie suivante avec une nouveauté théorique dans la variante du pion empoisonné de la sicilienne Najdorf, une des défenses de prédilection de Fischer. La 12e est nulle.

    La 13e partie bascule dans un sens, puis dans l'autre et est finalement ajournée avec un avantage pour Fischer dans une position aiguë mais sans gain clair. L'analyse de l'équipe soviétique les a convaincus que la position était clairement nulle. Fischer continue à analyser toute la nuit jusqu'à 8 heures le matin (la partie reprend à 14h30). Il ne trouve pas non plus de gain, mais parvient à tendre des pièges à Spassky, qui tombe dedans. Les secondants de Spassky sont stupéfaits, et Spassky lui-même reste à la table longtemps après la fin de la partie, incapable de croire le résultat final.

      

    LA FIN DU MATCH

    Les sept parties suivantes sont nulles. Fischer, avec une avance de trois points, est satisfait de se rapprocher du titre, et Spassky semble résigné à son sort. Les péripéties en dehors de l'échiquier se poursuivent, notamment avec une action en justice contre Fischer par Chester Fox, qui comptait sur les revenus des films avant que Fischer ne fasse ôter les caméras en raison de leur bruit; Fischer demande que les sept premières rangées de spectateurs soient retirées (finalement, trois le sont), et les Soviétiques prétendent que Fischer fait usage d'équipements chimiques et électroniques pour contrôler Spassky, ce qui conduit à une fouille de la salle par la police islandaise.

    La 21e partie est la dernière. Spassky joue mal dans la finale et la partie est ajournée avec un gros avantage pour Fischer. Spassky abandonne par téléphone, ce que Fischer refuse d'abord, exigeant la signature traditionnelle de la feuille de partie, mais finit par y consentir, et devient ainsi le 11e champion du monde d'échecs.

     

    Le score final est 12½ – 8½.

    source wikipedia


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